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Etat islamique : le califat va disparaître, pas le terrorisme

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{Play}L'époque où l'État islamique affirmait son autorité dans de vastes régions, allant du nord syrien aux abords de Bagdad, en passant par Mossoul, se dissout déjà dans les mémoires. Cependant, si la chute de l'ultime bastion est annoncée, la guerre contre le terrorisme n'est pas terminée.

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Le territoire syrien tenu par Daesh est quasiment réduit à néant. Même en fuyant le renversement et la mort, il semble ne rester que peu d'options au calife Abou Bakr al-Baghdadi comme à ses lieutenants. Car, à l'heure où leurs derniers partisans vident une dernière fois leur chargeur dans les 700m² de Baghouz, dorénavant la seule enclave de Syrie où flotte encore l'étendard noir, l'espace où ils peuvent donner à la terreur force de loi se dissout.

Il s'agit du crépuscule des fanatiques de l'ad-dawla al-islāmiyya, nom arabe complet de Daesh, mais la présence de l'organisation terroriste est appelée à durer dans les esprits. C’est la première organisation djihadiste à avoir atteint son but : la restauration du "Califat", en plus sur un territoire mythique qui est celui de l’Irak et de la Syrie. Cela marquera l'histoire. Les vidéos, les revues, le corpus idéologique très structuré de l'Etat islamique va continuer à alimenter les différentes sphères djihadistes.

Daesh devrait perdre définitivement pied sous peu en Syrie. Mais dans l'Irak voisin, l'organisation survit encore en prolongeant ses dernières heures. L'organisation américaine qui analyse de près les phénomènes terroristes mondiaux, et plus particulièrement le jihadisme, a publié sur Twitter une carte démontrant le pouvoir de nuisance des héritiers d'al-Zarqaoui (l'une des figures emblématiques du terrorisme islamiste, tué au combat en juin 2006) et détaillant les attentats conduits sur ces contrées en janvier dernier.

La guerre contre l'État islamique n'est pas terminée

Daesh dispose d'autres zones de repli d'où il peut espérer d'une part survivre et de l'autre jaillir. Si les liens entre ces forces diverses et la maison-mère irako-syrienne varient, ainsi que leurs organisations respectives, toutes ont en commun de représenter actuellement une menace majeure dans leur théâtre d'opérations et de posséder encore des troupes nombreuses. Par ordre d'importance numérique :

  • l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest, anciennement Boko Haram et ses 3500 soldats.
  • l'Etat islamique du Khorasan dont les 500 à 1000 hommes sévissent en Afghanistan.
  • les 750 jihadistes philippins; les 500 à 800 hommes de la branche libyenne.
  • la filière du Sinaï, en Egypte, supportée par peut-être 750 militants.
  • les affiliés de Daesh au Yémen dont le nombre serait compris entre 100 et 250.

A mesure que les galonnés américains s'approchent de la victoire militaire en Syrie, la crainte d'une renaissance du ressentiment local semble d'ailleurs se faire jour dans leurs rangs. La Maison Blanche a en tout cas mis de l'eau dans son vin après avoir annoncé en décembre un retrait total et imminent de ses troupes déployées en Syrie. Jeudi, elle a finalement annoncé qu'elle maintiendrait 200 militaires sur place. Nécessaire peut-être mais sans aucun doute insuffisant.

La guerre contre l'État islamique n'est pas terminée. Il y a encore le bastion de Baguz, près de la frontière sud entre la Syrie et l'Irak. Les vétérans djihadistes, y compris de nombreux étrangers, résistent à l'assaut des forces alliées kurdes aux États-Unis. Et avec eux, des centaines de femmes et d'enfants. Si les porte-parole des autorités kurdes ont déclaré fin 2018 avoir sous leur garde environ 800 combattants, en plus des 584 femmes et 1 248 mineurs, de près de 50 nationalités, le chiffre va se multiplier dans les prochains jours.

Le terrorisme frappera encore en Europe

Parmi les personnes évacuées vendredi dernier de la bataille de Baguz, on trouve par exemple des Russes, des Indonésiens, des Bosniaques, des Daghestanis, des Kazakhs, des Égyptiens ... Selon une source kurde, des centaines de personnes arrivent quotidiennement de Baguz. Et encore aujourd’hui, selon cette même source, les pays européens n’ont pas déplacé de dossier pour recommencer les rapatriements de leurs nationaux. C’est la raison pour laquelle l’opération Gallant Phoenix, commandée par les États-Unis, est utilisée. Interpol a dirigé des projets similaires en Iraq et en Afghanistan, respectivement sous les noms de Vennlig et Hamah.

Les États-Unis collectent des informations et les partagent avec leurs alliés, y compris de nombreux pays européens. Comme Human Rights Watch l'a documenté à partir d'entretiens avec des femmes qui ont résidé dans le califat, des responsables américains interrogent des détenus ou des fugitifs en provenance du territoire djihadiste qui se retrouvent sous la garde des Kurdes dans le nord de la Syrie. Le président Donald Trump a demandé à l'Europe le 17 février de prendre en charge ses djihadistes. La France a indiqué qu'elle étudierait au cas par cas l'éventuel rapatriement de ses ressortissants pour se conformer à la justice. D'autres pays non européens étudient des alternatives légales. L'Australie, par exemple, considère qu'il est déjà illégal de se rendre dans une zone de conflit.

Le risque de garder des centaines de djihadistes expérimentés dans des prisons, avec peu de garanties, augmente. Une grande partie des dirigeants de l'Etat islamique qui ont pris Mossoul en 2014 ont coïncidé dans la prison de Camp Bucca, dans le sud de l'Irak. Déjà en liberté et depuis 2012, ils ont comme priorité la libération de criminels, communs ou endoctrinés, pour lancer leur campagne. Le terrorisme frappera encore en Europe.

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