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Bouteflika : les algériens manifestent pour la retraite à 82 ans

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{Play}Les manifestations contre la perspective d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, âgé de 82 ans et en état physique déplorable, sont un signe que l’establishment algérien, traditionnellement plâtré et sujet à l’immobilité, ne peut se permettre d’ignorer.

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Cette agglomération de 2,5 millions d'habitants sur les 42 millions d'algériens

Vendredi, jour férié en Algérie, des dizaines de milliers d’Algériens ont manifesté pacifiquement dans tout le pays pour affirmer leur refus d’un cinquième mandat de Bouteflika, en scandant, devant une police qui semblait débordée, des slogans contre le gouvernement. Selon les forces de l'ordre, 56 policiers et 7 manifestants auraient été blessés, et 45 personnes auraient été arrêtées à Alger, la capitale et la ville la plus peuplée du pays.

Dans cette agglomération algéroise de 2,5 millions d'habitants - l'Algérie compte 42 millions d'habitants - des affrontements se sont déroulés non loin de la résidence présidentielle. La police a été confrontée à plusieurs groupes de jeunes hommes et d'adolescents qui n'ont pas hésité à leur lancer des pierres au moment où la plupart des manifestants se dispersaient. Selon des témoignages publiés sur les réseaux sociaux, les vitrines de quelques magasins ont été brisées, une agence de banque et une voiture ont été incendiées.

Une mise en accusation massive de l'ensemble de la classe dirigeante

C'est le 25 février dernier, lors d'un discours diffusé à la télévision nationale,que le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia a déclaré que l'avenir politique du président Abdelaziz Bouteflika ne peut être décidé que par le vote libre des électeurs. En fait, ce commentaire constituait la première réaction officielle du gouvernement face aux manifestations populaires qui secouent le pays depuis environ 10 jours. En même temps, il indique à quel point une très forte d'inquiétude s'est emparé des dirigeants algériens.

Les manifestations qui se succèdent sont dues à la colère de la jeunesse algérienne qui, à la perspective d'avoir à subir un cinquième mandat de l'actuel président octogénaire, au pouvoir depuis 1999, veut que l'Algérie se renouvelle et entre dans la modernité. Le 11 février dernier, l'actuel chef de l'Etat a annoncé, assis sur son fauteuil roulant qu'il occupe depuis son accident cérébral, son intention de se présenter aux élections présidentielles prévues pour le 18 avril prochain. En réalité, cette nouvelle candidature est le fruit du blocage des consultations qui se déroulaient entre les différentes composantes du système énergétique algérien. Traditionnellement c'est par consensus que le candidat officiel à la présidence est choisi, c'est-à-dire présenté au peuple qui aura la grande sagesse de l'élire.

Ainsi, à y regarder de plus près, les manifestations populaires actuelles représentent une mise en accusation massive de l'ensemble de la classe dirigeante actuelle, qui utilise les forces armées, le parti issu de l'indépendance (il y a 57 ans) Front de Libération Nationale (FLN), et le parti du Rassemblement National démocratique (RND), pour occuper tous les espaces du pouvoir.

Le pouvoir devra lâcher du lest sinon il pourrait tout perdre

Cette récente vague de manifestations a une connotation politique que les manifestations précédentes de dissidence, centrées davantage sur des questions économiques et sociales, n’avaient pas. Ces dernières années les manifestations étaient essentiellement dirigées contre les politiques d'austérité et l'augmentation de la TVA.

En octobre 2014, cependant, plusieurs services de police se sont mis en grève, manifestant pendant quelques jours près du palais présidentiel à Alger pour obtenir des augmentations de salaire et divers autres avantages. En plus du motif politique, les manifestations qui ont débuté la semaine dernière ont également une large dispersion géographique, considérant qu'elles ont intéressé, outre Alger, d'autres villes de la côte méditerranéenne comme Oran.

Pour ces raisons, les événements récents sont un signe que l’establishment algérien, traditionnellement immobile, ne peut se permettre d’ignorer. En conséquence, la poursuite possible de mouvements de foules importantes, voire à très grande échelle, donc avec une large participation populaire, pourrait amener le gouvernement à agir avant les élections d'avril, dans le but de transmettre à l'électorat un signal de discontinuité susceptible de permettre une conduite normale du vote. Le pouvoir devra lâcher du lest sinon il pourrait tout perdre.

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