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Loi sur la laïcité : l’exécutif joue sur les braises du feu ranimé

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{Play}Les débats actuels concernant la remise en cause directe de la loi de séparation des Églises et de l'État pourraient porter sur la possibilité d'un financement public du culte musulman. Si cette hypothèse se concrétisait en une modification de la loi sur la laïcité de 1905, l'exécutif se montrerait alors particulièrement pyromane.

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Voulant faire toujours plus fort que ses prédécesseurs, Emmanuel Macron a agité le chiffon rouge et affirmé que "la religion est partout dans la société. Nous avons anthropologiquement, ontologiquement, métaphysiquement besoin de la religion". Lors de son discours du 9 avril 2018 tenu au Collège des Bernardins devant les évêques de France réunis, il a proposé de réparer "le lien abîmé entre l'Église et la République".

"Ne renoncez pas à cette Europe dont vous avez nourri le sens ; ne laissez pas en friche les terres que vous avez ensemencé."

Emmanuel Macron ne fait que rappeler l'origine cléricale de l’Union Européenne dont les fondements reposent en grande partie sur le principe de subsidiarité. Les étoiles du drapeau de l'EU sont le symbole de la dévotion mariale (vénération que les catholiques et les orthodoxes portent à Marie, mère de Jésus Christ).

Les coups de canif dans le contrat sont nombreux

Nous avons tous entendu que le financement public des religions était incompatible avec la loi de 1905. La réalité démontre qu'il en est pas toujours ainsi. Les coups de canif dans le contrat sont nombreux, en particulier depuis 1958. En effet, cette année là, le Concordat de 1801 abrogé de fait par la loi de 1905 a resurgi avec la prise du pouvoir par le général de Gaulle.

L’aide à l’enseignement privé catholique dans un accord entre le l'État et l'Église a été entérinée par la loi de 1962 du ministre Michel Debré. Les Présidents de la Ve République ont toujours respecté ces modifications de la loi de 1905. Le Président Macron veut revenir sur ce qui a modifié les rapports de l’Église et de l’État en prolongeant le concordat gaulliste. Ce reniement traduit le fait que les élites remettent en question leur logique libéral.

La loi de 1905 installe dans la vie publique la liberté absolue de conscience, ce qui donne à chacun le droit de croire ou de ne pas croire. Elle assure de maintenir la concorde et la paix par l'affirmation de la citoyenneté républicaine comme étant supérieur à tout autre appartenance. L'objectif étant d'éviter les conflits au sein de la République.

Compte tenu des termes de la loi en vigueur, la volonté de Macron d'amender la loi de 1905, au risque de la réduire à néant, provient de son incapacité à structurer les religions et à contrôler leurs financements. Il lui est également impossible de définir le véritable label des associations cultuelles en identifiant leur caractère religieux ou laïque. La plupart des associations cultuelles créées depuis 20 ans ne sont pas répertoriées comme étant soumises à la loi de 1905.

L’Islam repose sur le Coran, "éternel et incréé"

Le Président Macron veut donner à l’islam la même place particulière que celle des autres Églises au prétexte de la lutte à mener contre l’islamisme et ses dérives mortifères, mais en ignorant la rhétorique évangéliste. Nous devrions être enclin d'accepter un texte religieux, et sacré au point d'en être la référence absolue pour les pratiquants qui le citent, particulièrement dangereux. L’Islam repose sur le Coran, "éternel et incréé" qui exige, dans son texte, sa domination sur toute autre législation.

Les interrogations légitimes face à cette exigence fondamentale du Coran ne se résument pas à une visée apologique à l’encontre de croyants musulmans. Elles posent avant tout un problème sur un plan métaphysique. Si le Coran est tenu pour incréé, comment expliquer la présence de cette entité auprès de Dieu, alors même que l’Islam soutient simultanément un monothéisme formel, mais considère le Livre sacré au même niveau que Dieu lui même ?

Ces projets de modification de la loi de 1905 sont inacceptables et extrêmement dangereux

Ce simple exemple parmi des centaines montre l'absurdité de mettre sur le plan deux religions totalement antagonistes depuis 1400 ans. Réintroduire le religieux dans la République est un énorme risque, celui de détruire la loi républicaine, commune à tous, pour se soumettre, par le biais des accommodements, aux règles particulières des religions, dont l’islam. Par ses fondements, cette dernière ne peut pas faire son aggiornamento comme l'a fait l’Église catholique. Elle est toujours régie par la Charia placée, par les musulmans pratiquants, au-dessus des lois des pays où ils vivent, comme l'exige le Coran.

Si le président de la République souhaite réguler les financements des mosquées afin de limiter l’influence des idéologies qu’elles diffusent, ce n’est pas la taxation des financements, très facile à déjouer pour des pays riches, qui pourra permettre d’atteindre cet objectif.

De plus, financer avec de l’argent public certains lieux de culte, même grâce à des subventions "destinées à améliorer les performances énergétiques", revient à subventionner le culte. Ce projet viole l’article 2 de la loi de 1905 : "il est interdit à l’État de subventionner des lieux de culte, et de privilégier une religion sur les autres". Ces projets de modification de la loi de 1905 sont donc à plusieurs titres inacceptables et extrêmement dangereux.

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