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Hidjab ou serre-tête : Emmanuel Macron ne choisit pas

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{Play}Il est difficile d'être d’accord avec le députe LREM Aurélien Taché, qui compare le hidjab au serre-tête, et "en même temps" avec la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, porte étendard de la défense de la liberté des femmes. Par contre, l’absence de prise de position du président à ce sujet n’est pas tenable.

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Le Président de la République ne choisit pas et laisse donc apparaître une fragilité évidente dés qu'il s'agit de traiter un problème relatif à la communauté musulmane.

Le député marcheur de la dixième circonscription du Val-d’Oise Aurélien Taché met sur le même pied le port du hidjab, symbole identitaire islamique, à un serre-tête. A l'inverse, la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa y voit un message politique. Tous ceux qui relativisent la force symbolique d’un hidjab en le réduisant à de l’étoffe, depuis l’affaire de Creil en 1989, ne peuvent que le constater.

LREM avait beau demeurer, le plus souvent, fidèle à sa réputation de parti de godillots au service de son créateur, il ne peut échapper à ce clivage.

Il n’est pas indifférent que ce soit Décathlon - cette enseigne sportive dont le vieux slogan "A fond la forme !" a des allures de cousin de "En Marche !" - qui ait fait voler en éclats la belle unité gouvernementale. Pendant toute la semaine dernière, la décision de la chaîne de magasins de sport de commercialiser un produit sous l’appellation "hidjab de running" a suscité des réactions politiques. LREM n’a pas pu y échapper.

D'un côté, Aurore Bergé, députée des Yvelines et porte-parole du mouvement LREM, appelait au boycott de Décathlon. De l'autre, Aurélien Taché dénonçait "l’hystérie" autour de cette affaire de hidjab. Cette situation rappelle "les deux gauches irréconciliables", note Gilles Clavreul, cofondateur du Printemps républicain, mouvement français issu de la gauche fondé en mars 2016. Marlène Schiappa, après 48 heures de silence, a finalement dégainé un texte dans le Huffington Post. Elle avait, précisait-elle, voulu "prendre de la hauteur".

Emmanuel Macron a encore fait preuve de sa grande ambiguïté sur le sujet

Entre-temps, Décathlon avait décidé de renoncer à la commercialisation en France du fameux hidjab et Marianne avait révélé le pot aux roses : il existait déjà dans la gamme des produits de la marque bleue et blanche un produit permettant de se couvrir la tête pour courir, sous l’appellation "bandeau multi-fonctions", ce qui prouvait que le "hidjab de running" constituait bien du marketing identitaire, en forme d’œillade aux franges les plus fondamentalistes de l’islam.

Le texte de Marlène Schiappa prend, avec les formes, le parti de ceux qui regrettent ce genre de marketing. Mais l’autre camp ne désarmait pas pour autant. Sur le plateau de C l’Hebdo, émission présentée par Ali Baddou, on assistait à un débat entre la journaliste Zineb El Rhazoui, rescapée de Charlie Hebdo toujours menacée de mort, et Aurélien Taché qui pataugeait dans un relativisme consternant, lorsque son interlocutrice lui demandait ce qu’il pensait du voilement des fillettes. Le député LREM n’a "pas à juger" les familles, pas davantage les musulmanes, qui voilaient leurs jeunes filles de 12 ans, que les catholiques, qui les affublaient d’un… serre-tête.

Interrogée le lendemain au Grand Jury RTL, Marlène Schiappa l’exécutait en une phrase : "Aucune femme dans le monde n’a été lapidée parce qu’elle refusait de porter un serre-tête". Evidemment, dans un monde normal, la position de la secrétaire d’Etat pourrait nous indiquer la position du gouvernement et du président de la République. Mais ce serait s’avancer bien imprudemment.

Emmanuel Macron a encore fait preuve de sa grande ambiguïté sur le sujet. Interrogé à Bordeaux, dans le cadre du Grand débat, par une jeune femme voilée qui lui demandait comment il était possible qu’elle soit discriminée à l’entrée de la fonction publique en raison de son voile, il a eu une réponse qui ne nous a pas rassurés. Il a préféré constater que c’était interdit dans la fonction publique et, pis encore, a tenté de la rassurer en lui disant qu’il fallait veiller en revanche qu’elle ne soit pas discriminée pour les emplois dans le secteur privé.

Le hidjab est devenu un symbole d'identification fort, même si des écharpes et des voiles de couleurs et de formes différentes étaient d'usage dans d'innombrables cultures avant la naissance de l'islam. Le Coran demande aux femmes de "couvrir leurs ornements", en s'appuyant sur la modestie et la chasteté, sans mentionner explicitement l'obligation de porter le voile. Aujourd'hui, en France de plus en plus de femmes musulmanes portent un voile, conformément à la tradition culturelle et religieuse du pays de référence.

En Occident, les types de voiles sont souvent confondus, mais en réalité ils sont nombreux et très différents les uns des autres. La question du voile est particulièrement forte aujourd'hui en Europe, où de nombreux pays ont présenté la proposition d'interdire le voile intégral pour diverses raisons, notamment celle de la sécurité.

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