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Emmanuel Macron : le grand retour des petites mesures

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Être le président de la République n’est pas aussi évident qu'Emmanuel Macron le croyait. Il commence à peine de s'en rendre compte. Malgré ses promesses électorales qui s'annonçaient solides pour "changer la France", les envies de changement se sont complètement dissoutes dans la lourdeur des étages de la bureaucratie, dans les petits détails tant aimés de l'administration et les compromis politiques dont la médiocrité ne cesse de grandir.

Il aurait pu engager des réformes pour remettre le pays au travail, afin de permettre une relance de l'économie par le haut du panier en espérant que l'argent dégoulinerait sur les classes d'en bas. Il aurait pu engager de vraies réformes autant sur le fond que sur la forme, ce qui aurait été profitable pour son image jupitérienne. Emmanuel Macron savait pourtant que tout se joue dans les six premiers mois d'un mandat.

De petits grains de sable se sont introduits dans la machine

Après une élection présidentielle, le peuple attendait des résultats. Et attendre, c'est prendre le risque que tout devienne plus complexe, plus ambigu, plus contraignant. Macron a pourtant lancé, à grand coups de clairon, multiples révisions, diverses forces, plusieurs réformes et de grands textes de lois dirigés vers un Parlement acquis à son projet. Mais de petits grains de sable se sont introduits dans la machine bien huilée du nouveau président, de son nouveau gouvernement, de son nouveau Parlement, de son nouveau parti et de ce nouveau peuple qui ne semble pas tout à fait aussi déterminé que prévu dans sa volonté de changement sans savoir vers où il est dirigé.

Pour l'instant les réformes annoncées tambour battant, que chacun espérait essentielles et salvatrices, ne sont que des petits changements, souvent de façades, cosmétiques, parfois uniquement cosmétiques et médiatiquement galvanisées à coup de débats artificiels animés par des experts cravatés et fidèles. Par exemple la réforme du Code du travail modifie la largeur des marges du texte de la loi remplacée et son impact restera mineure. Les bricolages sur l’Impôt sur la fortune (ISF) touchent pratiquement personne ou si peu de gens. La baisse des impôts sur les entreprises s’étiole tout doucement jusqu'en 2022, et tous les autres bricolages, dans la formation ou la gestion du chômage par exemple, semblent être une longue enfilade de pansements et autres rustines sur des systèmes profondément vérolés. La réforme de la SNCF qui, après les interminables jours de grève, ne laisse entrevoir aucune perspective d’en finir. La dette lunaire et les caprices insupportables de la vieille dame ne lui permettent plus de se contenir, tellement ses rails sont fatigués.

Nombre d’observateurs et analystes se feront un plaisir de contredire cette appréciation négative des actes élyséens. Toutes ces pages de textes, tous ces aménagements et modifications partout dans des codes de lois, devraient, en temps ordinaire, susciter l'admiration du quidam. En conclure qu'il s'agit de mauvaise foi, ou d'absence de lucidité devraient être les motifs d'un jugement sans appel. Ils peuvent croire ou simuler de croire que ces réformes auront un quelconque impact, la réalité refusera de se plier à leurs feints espoirs, aussi ardents soient-ils. 

L'État et ce qui le caractérise, c’est-à-dire son administration, et tous les rentiers intéressés de la République n’entendent pas laisser passer la moindre réforme d’envergure qui risquerait d'aboutir à entamer une part de leurs privilèges.Tout ce que le pays nourrit à coups d'aides et de complaisances de toutes sortes, comme les syndicats, les médias, la presse subventionnée, ne souhaitent pas que leur part du gâteau, déjà bien entamée par la mondialisation, diminue encore. Cette cours des miracles à la mode techno ne peut laisser le champ libre à Emmanuel Macron. Ce serait prendre un risque important de remise en question de ces petits viagers juteux qu’ils se sont installés depuis l'après de Gaulle.

Une année a suffit pour passer d’une volonté de tout remettre à plat à des réformettes

Malgré le tapage médiatique et la communication récurrente dont le but est de rassurer "ceux qui ne sont rien" sur des intentions fermes des convictions ancrées aux tripes. Emmanuel Macron n'est pas un révolutionnaire et son seul fait d’armes marquant pendant son temps à Bercy fut la vente d'un bijou de famille, General Electric (GE). La mise en avant exubérante d’une certaine détermination pour remettre le pays sur les rails a semblé sincère, mais le fait de douter de la volonté réelle et consciente de vraiment améliorer les conditions de vies des français, semble correspondre à la réalité des faits.

Le Président Emmanuel Macron a voulu corriger quelques problèmes mineurs qui préoccupent un peu les Français, et c’est tout ce qu’il a fait parce que c’est à peu près toute la marge de manœuvre que lui accorde sa légitimité de pacotille. Une année a suffit pour passer d’une volonté de tout remettre à plat à des réformettes de petit législateur besogneux, animées par des discussions sur de la couleur des tapis ou la taille d'une piscine, des vexations multiples à 80 km/h et des économies de bouts de chandelle. La France est le pays où le ministère de la Culture baigne dans un "pognon de dingue", 10 milliards d’euros, pendant que le ministère de la Justice doit se satisfaire de 7 milliards, ce qui explique la libération de criminels faute de moyens et de juges. 

Emmanuel Macron doit réformer avec un soutien réel de 25% des Français. Gagner une élection grâce à des complaisances bien à propos sans véritable expérience de commandement, de leadership, de combat d'endurance, de connaissance des entreprises, de son pays, de ses zones rurales et de son peuple rend la tache impossible.

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