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Devant Trump, Macron joue la mouche du coche

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Lors de la cérémonie du jour du débarquement des forces alliées en Normandie, Emmanuel Macron a tenu à rappeler à Donald Trump l'importance de l'Union européenne et de l'OTAN, afin de le ramener à de meilleurs sentiments, en vain.

De nombreux dirigeants de la planète ont rendu hommage aux anciens combattants. Debout, aux côtés du Président Donald Trump, dans le cimetière américain de Colleville-sur-Mer, Emmanuel Macron a déclaré que les États-Unis n'étaient jamais plus grands que lorsqu'ils se battent pour la liberté des autres. Il a aussi rappeler la fidélité aux valeurs universelles défendues par les pères fondateurs quand, il y a près de deux siècles et demi, la France est venue soutenir l'indépendance des Etats-Unis.

De Gaulle a toujours refusé de se rendre aux premières commémorations

Les commémorations du "Jour-J", que nos chers médias français s’obstinent à nommer "D-Day" ont été l’occasion de nouveaux échanges entre Donald Trump et les dirigeants européens, notamment à l’égard du dossier nucléaire iranien et de la paix au Proche et Moyen-Orient. L'’absence de Vladimir Poutine à ces cérémonies a été relevé par tous les dirigeants de la planète. Depuis l’annexion de la Crimée en 2014 le Président de la Russie est ignoré et donc plus invité aux cérémonies officielles. Pourtant durant l’hiver 1942/1943, la bataille de Stalingrad fut le vrai tournant de la Seconde guerre mondiale. Sans l'immense effort de guerre de l’URSS et ses 27 millions de victimes, le débarquement aurait connu à coup sur un échec funeste.

Mais l’idéologie au pouvoir ne peut se lasser de ressasser les poncifs de l’Histoire officielle à savoir si les Ricains n’avaient pas été là, vous seriez tous en Germanie. Le général de Gaulle a toujours refusé de se rendre aux premières commémorations parce qu’il savait que les Etats-Unis avaient préparé un plan de colonisation de la France.

Le président de la République a donc profité de ces drôles de commémorations pour tenter de restaurer une relation privilégiée avec son homologue américain. Son conseiller diplomatique, l’un des chefs de file de l’école néo-conservatrice française, Emmanuel Bonne, lui avait préparé quelques éléments de langage sur le dossier international qui agite le plus Donald Trump : l’Iran, l’accord sur le dossier nucléaire et la paix au Proche-Orient. Malgré les réticences d'Emmanuel Macron, Theresa May et Angela Merkel (qui sont restés attaché à l’accord tel qu’il fut signé à Vienne le 14 juillet 2015), annonçant une dénonciation de l’accord devant intervenir 6 mois après son élection du 8 novembre 2016, Donald Trump affirmait qu’il fallait imposer à Téhéran un nouvel accord, intégrant le programme iranien de missiles balistiques et un désengagement iranien de Syrie.

Abondant dans le sens de Donald Trump, le président français a estimé désormais nécessaire que la France s’intègre au nouvel accord voulu par Washington : réduction de l’activité balistique de l’Iran et limitation de son influence régionale en Syrie, au Liban et au Yémen. Un tel cadeau, qui avalise une prise de position critiquée deux ans auparavant par un communiqué commun de Merkel, May et Macron, cache sans doute une contre-partie pour l'instant non dévoilée.Téhéran a aussitôt rejeté l’idée de nouvelles négociations sur son programme nucléaire alors que Washington vient d’imposer de nouvelles sanctions à l’Iran. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Abbas Moussavi a déclaré dans un communiqué relayé par la télévision nationale :

"Dans les circonstances actuelles, discuter de sujets qui ne concernent pas l’accord (…) entraînera davantage de méfiance chez ceux qui restent signataires de l’accord. Les Européens n’ont jusqu'à présent pas respecté leurs engagements et n’ont pas protégé les intérêts de l’Iran après le retrait des Américains."

Emmanuel Macron a ajouté un quatrième objectif commun à Paris et Washington, à savoir la la paix dans la région, pour laquelle il veut ouvrir de nouvelles négociations. L’idée directrice de ce plan reprend le projet d’un marché commun proche-oriental visant à diluer la dimension politique de la revendication palestinienne dans l’économie. Aujourd'hui, plus des deux tiers de la population palestinienne vit sous le seuil de pauvreté tel que fixé par les Nations unies. L’ensemble des nappes phréatiques a été détourné par des sociétés israéliennes, les égouts et eaux usées étant systématiquement rejetées dans les territoires palestiniens.

Un dernier pied de nez aux Européens

Donald Trump croit qu’on peut acheter à vil prix l’histoire, les souffrances et la conscience d’un peuple. Mike Pompeo, le ministre américain des Affaires étrangères vient d’effectuer une grande tournée dans le monde arabe pour y vendre le plan en question. Chou blanc, même au Maroc, faisant dire aussi à l’intéressé lui-même que le plan était certainement caduc et inapplicable ! Ce papier doit être proposé aux pays arabes le 24 juin prochain à Bahreïn, les Palestiniens ayant, d’ores et déjà refusé de cautionner ce plan.

En définitive, si Emmanuel Macron, conseillé par Emmanuel Bonne, pensait attendrir Donald Trump en lui servant sur un plateau d’argent toutes ses propres exigences iraniennes, afin de le ramener à de meilleurs sentiments, c’est raté. Le président américain a adressé un dernier pied de nez aux Européens et, tout particulièrement à Emmanuel Macron en se déclarant farouche partisan du Brexit et des partis qui le réclament ! Il a même annoncé vouloir établir un accord privilégié de libre-échange entre les Etats-Unis et la grande Bretagne, dès que le Brexit serait enfin finalisé. Proprement hallucinant dans le cadre d’une telle réunion internationale !

Alors vraiment quel intérêt y-avait-il à ainsi frotter le dos du président américain dans le sens du poil ? On marche sur la tête, d’autant que le président français s’est déjà fait publiquement humilié par son homologue américain à plusieurs reprises. Il ne fallait pas être grand devin pour prévoir que les reculades honteuses sur le nucléaire iranien n’entameraient en rien la détermination de Donald Trump à piétiner allègrement le droit international, les multilatéralismes politique, économique et juridique. En jouant la mouche du coche sur le dossier du nucléaire iranien, Emmanuel Macron et ses nouveaux cerveaux de la "com", Emmanuel Bonne et ses autres conseillers, n’ont visiblement pas encore compris qu’au-delà de relations humaines le Président américain est un professionnel de l’immobilier et de la finance pour qui seul le résultat compte.

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