Changer la langue

img cat politique monde

ARTICLE PREMIUM

Les relations entre l'Italie et Emmanuel Macron sont au plus bas

PREMIUM

{Play}Les relations entre l’Italie et la France sont agitées ces derniers mois, depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement populiste italien. Le ministre italien du Développement économique Luigi Di Maio et Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur, ont rendu les relations avec le Président français très tendues après leur soutien aux Gilets jaunes.

{Play}

Il y a tout juste un an, le président français Emmanuel Macron s'est rendu à Rome pour annoncer un futur traité bilatéral avec l'Italie inspiré de celui signé, en 1963, à l' Elysée par De Gaulle et Adenauer. Ce traité est considéré être le moteur de la construction européenne.

Il semble qu'une éternité se soit écoulée depuis lors. Le 11 janvier 2018, Macron a séduit l'ancien Premier ministre Paolo Gentiloni, qui s'est toujours efforcé d'éviter toute controverse avec le Président français. Aujourd'hui, c'est Giuseppe Conte qui est au Palazzo Chigi, la résidence du Premier ministre italien. En mai 2018, après les élections générales de mars 2018, il est proposé pour devenir président du Conseil des ministres, à la tête d'un gouvernement de coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord11. C'est à la suite de deux entretiens entre le président de la République, Sergio Mattarella, et les deux dirigeants italiens, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, chefs de file respectifs du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue, les attributions de responsabilité ont été entérinées.

Les dirigeants politiques de l'exécutif, les vice-premiers ministres Luigi di Maio (M5E) et Matteo Salvini (Ligue), ont sévèrement attaqué l'Elysée sur des questions de toutes sortes, en particulier l'immigration. Emmanuel Macron a sauté pieds joints dans le piège. Ces toutes dernières semaines Di Maio a franchi une ligne diplomatique risquée en offrant publiquement son soutien aux Gilets jaunes. Il compare d'ailleurs les manifestants à ceux qu'il a connu aux débuts de son parti.

Dans une intrusion sans précédent, Di Maio a écrit une lettre à l'intention des Gilets jaunes, qu'il a publié sur le blog de son parti pour les encourager à continuer leurs protestations et leur a même offert un soutien logistique, en leur permettant d'utiliser la plate-forme Rousseau, le système en ligne créé par le M5E, pour faire connaitre leurs revendications :

"Nous savons ce qui anime votre esprit et pourquoi vous avez décidé de vous faire entendre. En France, comme en Italie, la politique est devenue sourde aux revendications des citoyens, exclus des décisions les plus importantes qui concernent le peuple. C’est le même esprit qui anime la M5E et des milliers d’Italiens depuis le jour de notre naissance. Et depuis lors, nous ne nous sommes jamais arrêtés."

Di Maio, enthousiasmé par les revendications des manifestants français, leur propose une alliance et certaines fonctions de son site Rosseau, qui vont de la capacité à organiser des événements, à la définition du programme électoral, à l'aide pour le choix des candidats aux élections :

"Une nouvelle Europe est en train de naître. Celui des gilets jaunes, celui des mouvements, celui de la démocratie directe. C'est une bataille difficile que nous pouvons combattre ensemble. Gilets jaunes, n’abandonnez pas."

Mais alors que la Ligue parvient à former des alliés de droite en Europe, le M5E est de plus en plus seul et n'a pas cette même capacité. Salvini, qui ne garde généralement pas le silence dans les échanges verbaux, a également rejoint le soutien aux manifestants jaunes, affirmant qu'il encourageait "les bons citoyens qui protestent contre un président qui règne contre son peuple". Cependant il a condamné toute manifestation de violence. Cela n'a pas été suffisant pour éviter l'irritation de Jupiter, l'habitant de l'Elysée. C'est la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, qui a du immédiatement incité Di Maio et Salvini à se mêler de ses affaires, car d'après elle "la France ne donne pas de leçons à l'Italie". Evidemment Di Maio a instantanément profité de l'occasion pour rappeler que depuis son élection Emmanuel Macron a donné la leçon à la terre entière. "Peut-être ne se souvient-il pas du moment où le président Macron nous a comparé à la lèpre", a déclaré le jeune dirigeant.

Alors que la Ligue est en hausse régulière dans les enquêtes d'opinions de soutien au gouvernement, l'approche de Di Maio vis-à-vis du mouvement de contestation gaulois semble répondre à la nécessité de prendre en compte la pertinence internationale face aux élections européennes.

Salvini a pris l'initiative de parcourir plusieurs pays de l'UE pour former un programme commun de droite avec des alliés tels que Law and Justice, en Pologne ou les ultra-nationalistes autrichiens du FPÖ. Ses alliés dans les pays européens sont les eurosceptiques britanniques de l'UKIP, qui ne participeront plus aux prochaines élections pour raison de Brexit. Ainsi, dans une opération de marketing politique claire, ils veulent se rapprocher de ce qui semble être le nouveau mouvement populaire de l'UE. Le leader du mouvement 5 Etoiles a oublié qu'au début du macronisme, lorsque la proposition du leader français était encore à la mode, il avait écrit une lettre à l'attention de Macron, dans laquelle il affirmait partager la même idée de refonder l'Europe. Pour le moment, son offre n'a pas eu beaucoup de succès parmi les Gilets jaunes, qui nient toute appartenance politique. Cela a été confirmé par deux représentants des manifestants qui sont venus à Rome ce samedi, invités par des militants de gauche italiens.

Rivaux directs dans les domaines de la culture, du tourisme et de l'économie, l'amitié entre les deux pays voisins a connu des hauts et des bas. En Italie, le groupe français LVMH n’a pas apprécié son héritage "Mode" àprès l’achat de Pucci, Fendi, Berluti, Loro Piana et Bulgari. Il y eu aussi beaucoup de tension en 2017 dues au conflit des chantiers stratégiques français de Saint-Nazaire, que la France avait temporairement nationalisés afin qu'ils ne soient pas contrôlés par la société italienne Fincantieri.

Les divergences de politique sur l'immigration sont aussi des raisons pour l'Italie, qui s'est sentie abandonnée par l'UE, de rancœur envers la France. La question du traitement de l'immigration est une source permanente de différends entre Salvini et Macron. Il y a eu des moments particulièrement tendus, par exemple lorsque l'Italie a convoqué l'ambassadeur de France à Rome pour des consultations après que des agents des douanes françaises eurent pris d'assaut un centre d'immigration situé à Bardonecchia, à la frontière, afin de soumettre un Nigérian à une analyse d'urine. En juin également, Macron a provoqué une tempête en qualifiant les Italiens de "cyniques et irresponsables" pour avoir fermé les ports aux Médecins Sans Frontières et à l'ONG française Sos Méditerranée. 

La Commission européenne a permis à la France de dépasser l’objectif de déficit alors qu'elle imposait un objectif beaucoup plus rigoureux à l'Italie. Même pour célébrer le Ve centenaire de la mort de Léonard de Vinci, il y a eu une guerre ouverte à la suite du refus du ministre italien de la culture de prêter au Musée du Louvre les œuvres importantes du génie de la Renaissance.

Le soutien de Di Maio et Salvini aux vestes jaunes peut nuire encore plus aux relations. Personne ne s'intéresse à la façon dont ce climat inconfortable perdure. Les échanges commerciaux entre les deux pays, très favorables pour la balance italienne, représentent plus de 200 millions d'euros par jour.

Devenez auteur, devenez weborateur !
Connectez-vous et proposez vos articles à la rédaction. Ils pourront être publiés dans le Journal.
  Pour pouvoir consulter les commentaires de cet article, veuillez vous connecter.
Pas encore de compte ? Inscrivez-vous, c'est simple et gratuit !
Le premier média social français.
La certitude d'aller plus loin.
Réseau social, blogs, débats, magazines et bien plus encore.
Seulement 5.90€ par mois.
Sans engagement.
No Internet Connection