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La Suisse confrontée aux problèmes de l'immigration

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Avec le Luxembourg, la Suisse compte parmi les pays qui comptent la plus forte proportion d'étrangers, qui représentent un tiers de la durée totale du travail dans le pays. Les arguments sur l'immigration se situent entre restriction et libéralisation. En raison du niveau de salaire plus élevé de la Suisse, celle-ci est plus exposée au dumping social et salarial que les autres pays.

En Suisse des mesures d'accompagnement destinées à garantir la liberté de circulation sont associées à la protection salariale et sociale. Confrontée à deux défis majeurs liés à l'Union européenne la Suisse est sous la pression de l'UE pour ratifier rapidement un accord-cadre, récemment négocié, qui vise à renforcer les relations bilatérales. Cet accord-cadre remet en cause les dispositifs existants de protection des salaires et les mesures d'accompagnement à la libre circulation des personnes. Plus de 2000 personnalités, parmi lesquelles des syndicalistes, des avocats et des universitaires, viennent de signer un appel à s'opposer à cet accorde malvenu, à promouvoir une Europe sociale, à défendre la liberté de circulation et les de droits des travailleurs.

Le peuple suisse doit voter, d'ici un an, lors d'un référendum organisé par la droite populiste, sur la résiliation du contrat qui vise à sortir du carcan européen, une sorte se sortie de l'UE dont elle ne fait partie. Son succès entraînerait non seulement la résiliation de l'accord sur la libre circulation ainsi que la suppression des mesures de protection des salaires garanties, mais également la fin de tous les accords bilatéraux entre la Suisse et l'UE.

Le boom économique qui a suivi la seconde guerre mondiale a provoqué une forte immigration en Suisse, en particulier de travailleurs saisonniers. Jusque dans les années 1960, le gouvernement avait mis en place une politique de rotation reconnaissant la migration comme un phénomène purement transitoire. Cédant à la pression d’une xénophobie croissante, les syndicats ont été les premiers à exiger des quotas plus stricts. Le fait que les syndicats aient contribué à la mise en place de la politique de quotas explique leur difficulté à susciter un changement vers un modèle d'immigration ouverte.

Dans le passé, le gouvernement suisse a tenté de limiter l'immigration de toutes les manières possibles et d'empêcher les migrants de devenir une partie intégrante de la société. Mais la politique de rotation et la politique d'admission de plus en plus restrictive n'ont pas changé le fait que l'économie a toujours obtenu la force de travail des migrants dont elle avait besoin, légalement ou illégalement. Le système de quotas était discriminatoire. Les quotas et le statut saisonnier des ressortissants étrangers étaient toujours indissociables. Chaque resserrement de la politique de quotas a conduit à une discrimination accrue à l'encontre des travailleurs migrants.

Un retour aux jours sombres du système de quotas est tout à fait possible

En dépit de sa politique de statut saisonnier de longue date, la Suisse n’a pas pu empêcher les migrants de s’installer avec leur famille et de devenir un élément précieux de la société. En outre, le système de quotas n'a pas réussi à protéger l'emploi et les salaires des travailleurs. Au contraire, les salaires beaucoup plus bas des travailleurs saisonniers et transfrontaliers et des autres migrants exercent de fortes pressions sur les salaires de tous les travailleurs, on peut en dire autant du travail non déclaré. De plus, le système a causé des dommages économiques.

Dans ce contexte, il convient de ne pas sous-estimer le changement de politique migratoire des syndicats, qui a amené ceux-ci à soutenir l'introduction de la libre circulation des personnes avec l'Union européenne dans les années 1990. Avec les accords bilatéraux entre la Suisse et l'UE de 2000, FMP a donné à chacun de plus grandes libertés fondamentales, notamment des droits économiques plus égaux. Les mesures d'accompagnement (FlaM) ont entre-temps fourni des instruments plus efficaces pour la protection des salaires et de l'emploi que tout système de quotas. En outre, ces changements ont favorisé l’immigration de travailleurs qualifiés et ont donc favorisé des structures économiques plus productives.

Le FlaM regroupe les deux piliers de la protection sociale et de la politique non discriminatoire. La libre circulation des personnes assortie de mesures visant à protéger les salaires des travailleurs est également supérieure à celle des systèmes de gestion de la consommation non contrôlés, pour lesquels la protection des salaires ferait défaut. Bien que la comparaison entre les deux modèles de migration donne des résultats clairs, le FMP reste dans le collimateur de certaines forces politiques. Son avenir est loin d'être garanti. Un retour aux jours sombres du système de quotas est tout à fait possible si l'on prend au sérieux les préoccupations grandissantes des électeurs, sans parler du succès de la droite nationaliste. Empêcher ces derniers d’imposer leurs objectifs sera l’un des plus grands défis pour les syndicats et la gauche.

Développer une réponse cohérente et efficace aux préjugés culturels généralisés et au ressentiment est une tâche difficile. Mais il appartient aux progressistes de porter la bannière des droits de l'homme, de l'égalité des droits et de la solidarité active. Le FMP est devenu le bouc émissaire de tous les problèmes du marché du travail et de la société en général. L'internationalisation croissante de l'économie, la précarité croissante des relations de travail et les changements de plus en plus rapides grâce à la révolution numérique se produisent et s’accroissent. Leurs conséquences sociales négatives et réelles, supposées ou attendues, sont intrinsèquement liées à la manière dont le capitalisme fonctionne actuellement.

Le FMP en tant que droit acquis ne peut être maintenu que si nous sommes en mesure de placer les problèmes sociaux des personnes au centre de l'attention de la société et d'apporter une contribution substantielle à leur résolution. Cela implique la protection des emplois, des salaires et des droits des travailleurs. La détérioration progressive du marché du travail montre, dans le cas extrême du Tessin méridional (à la frontière avec la Lombardie), que le dumping salarial et social a une forte composante transfrontalière. Il montre également que, sans antidote efficace, les réseaux criminels peuvent continuer à se répandre, avec des conséquences catastrophiques pour les travailleurs concernés - ainsi que pour l'acceptation d'une Europe ouverte.

Le dumping salarial transfrontalier doit être combattu par des mesures transnationales, notamment via la nouvelle autorité européenne du travail, une stratégie européenne en matière de salaire minimum et un "plan Marshall". Le PGF est beaucoup plus progressiste que n’importe quel régime quantitatif de limitation de l’immigration et garantit aux travailleurs le droit de se déplacer librement. Le maintenir exige non seulement un engagement continu en faveur d'une protection des salaires forte en Suisse, mais également une Europe attachée à de telles mesures, ainsi qu'une politique de convergence susceptible de réduire de manière significative les vastes disparités salariales dans le syndicat.

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