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La Chine, futur nouveau maître de l'Europe ?

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{Play}Avant de formuler un avis sur les relations entre la France et la Chine, il faut regarder les relations innombrables que les Chinois tissent avec diverses parties du monde et constater le déferlement de l'Empire du milieu vers l'Europe.

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La Banque des règlements internationaux (BRI) est financée par la banque Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), créée fin 2015 par les Chinois et désormais financée par 70 pays. Les droits de vote de son Conseil, en termes de taille, sont l'Allemagne (4ème), l'Australie (6ème), la France (7ème), le Royaume-unis (9ème) et Italie (11ème). Tous les alliés des États-Unis, y compris le Canada et Israël, sont présent dans le capital mais pas les États-Unis.

Les Chinois détiennent ou contrôlent déjà les ports du Pirée-Athènes, Anvers, Bruges, Rotterdam, Bilbao, Valence et Marseille, qui est le plus gros investissement européen après le Pirée. Les Chinois ont acquis une licence de 25 ans pour la gestion du principal port israélien d'Haïfa dans lequel il existe des quais réservés pour la marine des États-Unis, ce qu'ils n'ont pas aimé, mais ils ont également remporté l'appel d'offres pour la construction de ce qui sera le nouveau plus grand port israélien, Ashod.

Au cours des 10 dernières années, la Chine a réalisé 227 acquisitions en Grande-Bretagne, 225 en Allemagne, 89 en France et 85 en Italie. En Israël, le Fonds technologique Sino Israeal a créé un fonds de 16 milliards de dollars qui financera les jeunes entreprises israéliennes.

Duisburg en Allemagne est le terminal ferroviaire de la Route de la Soie. Environ 30 trains par semaine arrivent de Chine, 80% de ceux arrivant en Europe. L’Allemagne envisage d’inclure Huawei dans l’appel d’offres 5G, qui se chargera exclusivement de l’amélioration de Gelsenkirken au rang de ville intelligente.

L'échange avec la Chine, en 2019, voit l'Allemagne avec 179 milliards de dollars d'abord, la France 54,6 et seulement 42 pour l'Italie. En janvier 2018, Macron s'est rendu en Chine, où il a signé 20 accords économiques, commerciaux et d'infrastructure portant sur des secteurs stratégiques tels que l'aviation et l'énergie nucléaire. Avec les Français, les Chinois construisent en Grande-Bretagne des centrales nucléaires avec lesquelles ils ont passé des accords portant sur 325 millions de livres sterling dans la seule technologie de création créative de pointe.

Les États-Unis ont lancé des cris de colère, à cause du partenariat stratégique articulé entre l'Allemagne et la Chine. Il est rappelé que les Allemands associent main dans la main les Russes dans un secteur stratégique tel que celui de l'énergie, dans la construction du doublement du North Stream avec des sociétés à capital mixte dirigées par l'ancien chancelier G. Schroeder. 

Dans le cadre de la visite du président chinois Xi Jinping à Rome, l'Italie devient le premier pays du G7 à approuver officiellement la "Route de la soie", le programme d'investissement controversé de la Chine. Deux mille ans après la première route de la soie entre Venise et la Chine, le Premier ministre italien exprime officiellement son soutien à la "nouvelle route de la soie". Mais le gouvernement italien n'a pas encore signé de contrat de partenariat, accords commerciaux pour faire de cette approche diplomatique une réalité. Le soutien annoncé de l'Italie a exaspéré Washington, en plein conflit commercial avec Pékin. Les Etats-Unis ont mis en garde Rome contre la tentation de légitimer le projet chinois.

Mais l'Italie pense que les nouvelles routes de la soie pourraient lui permettre de sortir du tunnel de la récession économique qui l'affecte depuis fin 2018. Rome parie que ce soutien officiel fera du pays la première destination en Europe des investissements chinois. Pour Berlin, l'Italie représente une étape dans son programme d'investissements et offre ainsi aux entreprises chinoises des opportunités qui permettent de compenser le ralentissement de l'activité en terre chinoise. La Chine souhaite également coopérer avec son champion technologique, Leonardo.

Opportunément l'union Européenne a réagi sous la pression de Berlin par l'intermédiaire de la Commission européenne, qui, le 12 mars, a désigné, pour la première fois, la Chine comme étant un "rival". L'Allemagne, qui jusqu'à récemment était plutôt favorable à la superpuissance asiatique, a rejoint la position beaucoup plus dure de la France.

Dans ce contexte, le soutien officiel de l’Italie, la troisième économie de l’Union européenne, offre un bouclier contre une extension du front anti-chinois porté par Macron et Merkel. Une certaine neutralité européenne est indispensable dans le contexte des relations commerciales tendues entre la Chine et les États-Unis. L'Italie pourrait devenir politiquement un défenseur de la Chine si les investissements chinois poussent Rome à modérer l'intransigeance des autres membres européens envers la Pékin.

Pour le gouvernement italien, son attitude en faveur de la Chine sert à démontrer à l'Union européenne que l'Italie ne dépend pas de ses subventions. Un choix politique risqué car les investissements chinois se traduiront dans le temps par une dépendance économique de l'Italie à l'égard de la Chine. L'Europe montre, encore une fois, l'irréalité de son existence face à un adversaire commerciale de premier ordre.

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