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L'euro alimente la machine à séparer les pays européens

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Vingt ans après l’introduction de la monnaie unique, les divergences entre les pays européens se sont creusées. Plus de dix ans après le déclenchement de la crise économique de 2008, les économies européennes stagnent encore et sont toujours suffisamment faibles pour être prêtes à replonger dans une crise encore plus désastreuse.

Tous les indicateurs les plus importants nous montrent à quel point la divergence entre l’Allemagne et la plupart des pays de la zone euro s’est accrue. Cette divergence entre l'Allemagne et les autres pays, en particulier l'Italie et la France, mérite d'être soulignée. En ce qui concerne le PIB par habitant, calculé à prix constants et à parité de pouvoir d’achat, l’écart, qui était minime en 1998, a plus que décuplé en 2018. En fait, en 1998, le PIB italien par habitant représentait 119,2% du PIB de l'UE par habitant, contre 121,7% pour l'Allemagne, avec une différence d'un peu plus de deux points de pourcentage. En 2018, en revanche, le PIB italien ne représentait que 93,7% du PIB de l'UE, tandis que le PIB allemand s'élevait à 120,8%, avec une différence de 27 points

La facilité de liquidité des débuts de l'euro a favorisé les entreprises allemandes

Au niveau européen, l'Allemagne, grâce à l'euro, a réussi à dégager des excédents commerciaux toujours plus importants, notamment vis-à-vis de certains pays de la zone euro. En effet, alors que l'excédent allemand a augmenté depuis 1998 et surtout depuis 2002, l'Italie et surtout la France et l'Espagne accumulent des déficits importants qui dépendent essentiellement des importations en provenance d'Allemagne. Dans ce cas également, la facilité de liquidité des débuts de l'euro a favorisé les entreprises allemandes en alimentant la demande de ses biens pour les autres pays, qui ont accumulé une dette d'un montant équivalent au montant des excédents allemands.

Avec la mise en place de politiques d'austérité, en particulier en Italie, contrairement à l'Espagne et à la France, la péninsule a réussi à dégager des excédents dus à la réduction drastique de la base de production, du coût de l'emploi et de la main-d'œuvre, qui s'est traduite par une amélioration de la compétitivité et des exportations. En revanche la réduction des importations, conséquence de la contraction du marché intérieur, a eu comme effet la réduction des coûts de l’emploi et de la main-d’œuvre.

La divergence entre les pays européens est présente depuis l’introduction de l’euro

Les économies européenne ont suivi le modèle allemand, orienté vers le marché extérieur et la réalisation d’excellents excédents commerciaux, contrebalancés par un marché intérieur stagnant et des dépenses publiques très élevées. La recherche d'excédents commerciaux par certains pays contrebalance la formation de dettes commerciales dans d'autres pays, contribuant ainsi à déstabiliser l'économie européenne et mondiale, à provoquer des guerres commerciales et des réactions protectionnistes contre l'Europe.

La divergence entre les pays européens est présente depuis l’introduction de l’euro, mais elle s’accentue avec le déclenchement de la crise. Le défaut initial de l’intégration économique et monétaire européenne apparaît donc clairement: avoir introduit des éléments de rigidité dans le système économique empêchant la manœuvre des instruments classiques de la politique économique, allant du taux de change au taux d’intérêt pour aboutir aux politiques public expansive. Cette limite se manifeste surtout lors des crises économiques.

Les crises étant une constante de l'économie capitaliste, en particulier dans la phase historique actuelle, l'euro est un facteur de fragilité permanente pour les économies européennes. C'est un choix politique délibéré et un choix de classe, tendant à réorganiser la production et à modifier le rapport de force sur les salaires et le coût de la main-d'œuvre en faveur du grand secteur du capital international.

L'intérêt de ce secteur social n'est pas tant la croissance interne des économies des pays dont il est originaire, mais la capacité de rester sur les marchés internationaux, en exportant des biens et des activités productives. C'est la raison pour laquelle les politiques publiques expansives visant à soutenir la demande intérieure ont perdu de l'intérêt pour les secteurs multinationaux et transnationaux du capital.

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