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Les Gilets jaunes seront-ils des phœnix ?

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Les Gilets jaunes ont baissé pavillon. Ils ne se sont pas détruits eux-mêmes mais ont été démembrés, pelés, hachés, coupés, roulés, aplatis, privés d’œil, battus, pilonnés, poignardés, pour finir totalement broyés par l’appareil de l'État français. Le mouvement pourra-t-il renaître ?

Les syndicats et les partis politiques auxquels nous devons ajouter la plupart des journalistes travaillent avec et pour l'État. Emmanuel Macron en digne représentant de l'État né de Maastricht et "en même temps" président de la République, a fini par théoriser la raréfaction du mot présidentiel. Voilà ce qui a ravi les chaînes d'information continues. Pas d’analyse, pas de commentaire politique, pas d’interprétation dans la perspective historique, mais des discussions sans fin sur des chaînes de télévision où la confusion a remplacé le contenu.

Les intellectuels sont devenus alors les porte-parole du discours officiel.

Les rédacteurs ont mis les Gilets-Jaunes à la une en permanence. Leurs gestes, leurs mots, leur façon de s’exprimer, leurs visages, leurs attitudes, leurs phrases, leurs manifestations, tout était bon.Tout le monde est susceptible de devenir journaliste, depuis l'arrivée des moyens électroniques disponibles qui permettent de photographier, de filmer, d'enregistrer et ensuite de mettre ces 'infos" sur le réseau. Les rédactions, en choisissant les images appropriées, ne se sont pas privées de criminaliser les Gilets-Jaunes.

Une chaîne de télévision a ainsi rassemblé, dans un reportage de quelques minutes la totalité des excès vécus durant les manifestations dans le but de démontrer que le Président de la République avait raison de prétendre que les Gilets jaunes étaient antisémites, homophobes, racistes, xénophobes, misogynes, phallocrates. Les scènes choisies ont été filmées la plupart du temps sur les barrages forcés, des situations dans lesquelles les manifestants s'imposaient face aux forces de l'ordre, lors de barricades. Seules les actions violentes des Gilets jaunes ont été mises en évidence. Les intellectuels sont devenus alors les porte-parole du discours officiel. Le ministère de l'Intérieur a fourni des expressions linguistiques aux penseurs.

Un doute compréhensible sur la stratégie de Macron

Éric Coquerel, membre de la commission des Finances, de l'Économie générale et du Contrôle budgétaire de l'Assemblée nationale, toujours échevelé avec soin pour coller à l'image d'un homme de l'extrême gauche, s'est ému du contraste entre les méchants fascistes et les bons gars en colère. Les mégaphones ont commencé à couvrir la voix des Gilets jaunes et les fourgonnettes syndicales couvertes d'autocollants CGT sont devenues les accessoires indispensables des marches. Des drapeaux anarchistes, des banderoles de l’Union du Sud, des drapeaux palestiniens et des affiches LGBT sont apparus. Toujours moins jaune et de plus en plus rouge.

Les Blacks Blocks ont choisi le moment pour changer le jaune en noir. Les Blacks Blocks sont ces hordes bien organisées qui ont, peut-être, été exploitées par Emmanuel Macron et Castaner. L’hypothèse la plus large est que des policiers employés couramment dans ce type de main-d’œuvre peu qualifiée s’infiltrent pour faire des dégâts. Les chaînes de télévision ont montré des manifestant cagoulés agenouillés qui arrachaient consciencieusement des pavés sans qu'aucun policier, alors à proximité, ne les interpellent. Ceci jette un doute compréhensible sur la stratégie de Macron. Place Beauvau, les télévisions et autres écrans de surveillance montraient ces casseurs en permanence et pourtant aucun ordre n'a été donné pour arrêter ces actes de démolition du pavé parisien

Les Français ont cru que quelque chose sortirait du Tour de France des débats

Macron a pu ainsi associer les Gilets jaunes à des actes de destruction, de violence, d'incendie, aux barricades et au désordre. Il a pu ainsi déclencher des contre-mesures pour rétablir l'ordre. Les véhicules blindés ont été appelé à la rescousse. La scène la plus emblématique de la volonté de radicalisation des revendications a été celle du vandalisme au sein de l'Arc de Triomphe et de la profusion de "tags" sur les murs.

Puis ce fut l'épisode des débats qui allaient permettre de tout résoudre. Les Français ont cru que quelque chose sortirait du Tour de France des débats. En communiquant seul devant des assemblées où les caméras diffusaient en direct, il a tenu sa promesse avec juste quelques mesures esthétiques gribouillées sur un morceau de papier avant même de commencer sa tournée en France. Depuis le prix de l'essence et de l'électricité ont augmenté. Ce Tour de France n’avait qu’un seul objectif : tirer parti de la décomposition du mouvement des Gilets jaunes. Après le mépris, l'insulte, la vocation, la criminalisation, la répression policière et militaire, les condamnations pénales, il suffisait d'attendre que les Gilets Jaunes soient épuisés. Fatigués d'être méprisés, insultés, contrôlés, menacés, frappés, battus, mutilés, éborgnés, jugés, emprisonnés.

De samedi à samedi, le taux de participation a diminué

Parce que plusieurs semaines de manifestations ont également entamé les ressources financières des Gilets jaunes le mouvement se dissout. Le porte-monnaie et l'argent est le centre névralgique de la guerre. Plus personne ne veut ou ne peut dépenser de l'argent pour se rendre dans la capitale, se faire contrôler sans scrupule, prendre des balles anti-émeute, risquer l’asphyxie en raison de tirs de gaz lacrymogène, perdre un œil, être battu, se faire fracasser le crâne, glisser sur le sol, maltraiter, arrêter, juge, emprisonner.

De samedi à samedi, le taux de participation a diminué et en même temps, le sourire est revenu aux politiciens et aux journalistes, au pouvoir des éditeurs et des intellectuels, des enquêteurs et du ministre de l'Intérieur et d'Emmanuel Macron. Mais l'avenir pourrait surprendre tout le monde si leur tenue vestimentaire cachent ce qu'ils sont peut-être, des phœnix prêts à renaître de leur cendre.

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